Suzane Brun is a Paris based photographer whose work focuses on portraiture.



"What's upDoc ?" par Suzane Brun

Portraits urbains  entre Montréal et New-York, hiver 1995. Un Nikon FE, une pellicule TRI-X. Snapshots d’inconnus, acteurs d'un jour croisés au hasard du macadam.

Novembre 1995- Exit Montréal,  direction la Grosse Pomme pour un court séjour.  Des instants figés sur la pellicule, traces argentiques de rencontres fortuites au hasard de mes errances urbaines.

"What's upDoc ?" Expo du 2 novembre au 2 décembre 2017/ Le Grand Bouillon/ Aubervilliers

Une bouteille à la mer 

entretien avec Suzane Brun par Jean-Paul Gavard-Perret,  juillet 2016.

A ceux qui se demandent « Ai-je seulement vu un visage ? » Suzane Brun accorde de multiples réponses. Surgissent des femmes blondes, douces et belles de longs cheveux. Mais pas seulement. Et selon des poses mystérieuses voire surprenantes. Le voyeur semble être en présence des miroirs comme seules traversées possibles qui mèneraient au lieu indiscernable de la vraie « scène ».

La photographe propose donc une galerie de visages pour renaître là où éros et thanatos rôdent. Manière d’animer au-dehors la passivité intérieure et l’organique devant quoi toujours nous sommes aveugles. Entre les yeux et le regard s’inscrit un fossé d’une nuit ou d’un jour sans fond au sein de visions parfois rassurantes et parfois qui ne le sont pas. L’œuvre fait toucher le féminin de l’être en des paysage sur lesquels poussent des fleurs étranges.

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ? Le désir.

Que sont devenus vos rêves d’enfant ? Réalité.

A quoi avez-vous renoncé ? A la transmission du génome.

D’où venez-vous ? D’un volcan d’Auvergne.

Qu'avez-vous reçu en dot ? Une coulée de lave.

Un petit plaisir - quotidien ou non ? Sucer mon pouce.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres artistes ? Mon nom Suzane Brun.

Comment définiriez-vous votre approche du portrait et de l'éros ? Mutation de l’homme. À l'origine, Éros était représenté comme un être androgyne.

Quelle est la première image qui vous interpella ? La croix.

Et votre première lecture ? Le Catéchisme.

Quelles musiques écoutez-vous ? Le rock des années 50 , 60, 70, le punk, le rap, le hip hop, l’ électro, Mozart, Satie et plus récemment le jazz.

Quel est le livre que vous aimez relire ? Celui que je n’ai pas lu.

Quel film vous fait pleurer ? « Les oignons font pleurer », réalisé par Louis Feuillade en 1907.

Quand vous vous regardez dans un miroir qui voyez-vous ? Une femme qui me ressemble.

A qui n'avez-vous jamais osé écrire ? A l’inconnu.

Quel(le) ville ou lieu a pour vous valeur de mythe ? Aubervilliers, 93, France.

Quels sont les artistes et écrivains dont vous vous sentez le plus proche? David Lynch, Diane Arbus, Michel Houellebecq.

Qu’aimeriez-vous recevoir pour votre anniversaire ? Une bouteille à la mer.

Que défendez-vous ? Mon point de vue.

Que vous inspire la phrase de Lacan : "L'Amour c'est donner quelque chose qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas"? Philosopher ou forniquer.

Que pensez-vous de celle de W. Allen : "La réponse est oui mais quelle était la question ?" « Take the Money and Run », 1972.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ? To be or not to be ?

http://delarthelvetiquecontemporain.blog.24heures.ch/archive/2016/07/21/une-bouteille-a-la-mer-entretien-avec-suzane-brun-861808.html

Message in a bottle

interview with Suzane Brun by Jean-Paul Gavard-Perret, july 2016.

To those who wonder "Did I only saw a face? Suzane Brown gives multiple responses. Arise blonde women, soft and beautiful of long hair. But not only. And according to mysterious and even surprising poses. The voyeur seems to be in the presence of  mirrors as only possible journeys that would lead to indistinguishable place instead of the real 'scene '.

The photographer offers a gallery of faces to be reborn there, where Eros and Thanato slurk. How to animate outside domestic passivity and the organic in front ofwhat always we are blind. Between the eyes and the gaze fits a ditch of bottomless night and day within visions, sometimes reassuring and sometimes which are not. The work makes the human being feminine touch in landscapes on which grow strange flowers.

What makes you getting up in the morning ? Desir

What happened to your childhood dreams ? Reality

What did you give up ? The transmission of the genome.

Where do you come from ? A volcano in Auvergne.

What have you received in dot ? A lava flow.

A small pleasure - daily or not ? Sucking my thumb.

What distinguishes you from other artists ? My name Suzane Brun.

How would you define your approach to the portrait and eros ? Human mutation. Originally,Eros was represented as an androgynous being.

What is the first image that questioned you ? The cross.

And your first reading ? The Catechism.

What kind of music are you listening  to ? The rock ofthe 50, 60, 70, punk, rap, hip hop, electro, Mozart, Satie and, more recently,jazz.

What is the book you want to read again ? The one I have not read yet.

What movie makes you cry ? "Onions make you crying," directed by Louis Feuilladein 1907.

When you look in a mirror what do you see ? A woman who looks like me.

Who have you ever dared write ? The unknown.

What city or place has value of myth for you ? Aubervilliers, France, 93.

What are the artists and writers that you feel the closest to ? David Lynch, Diane Arbus, MichelHouellebecq.

What would you like for your birthday ? A Message in a bottle.

What are you defending ? My point of view.

What do you think the sentence of Lacan: "Love is something we have not to someone whodoes not want"? Philosophizing or fornicating.

What do you think of that of W. Allen: "The answer is Yes, but what was the question ?" "Take the Money and Run", 1972.

What question I forgot to ask you? To be or not to be?


L’extase matérielle

L'œuvre de Suzane Brun permet de penser le féminin et au féminin de se penser loin de toutes entraves. La jubilation d'un parcours initiatique provoque un ravissement. Il avance car la photographe ne retient que l’harmonieux et accompli. Elle atteint une sorte d'extase matérielle. Le féminin se touche (si l'on peut dire) au moment où il est livré au vertige virtuel.

Un seuil se franchit : mais cela ne revient pas à trouver ce qu'on attend. Car pour une fois le passage ne rameute pas du pareil, du même. Si effet de miroir il y a, ce miroir est un piège. En ce sens Suzane Brun renverse la problématique de la Caverne. Certes on peut imaginer en son sein une émouvante figuration (surtout lorsqu’il s’agit des maternités de l’artiste) mais il s’agit là parfois d’un leurre sur lequel pourtant peuvent se fomenter diverses spéculations au sein de la lumière parfois trouble, parfois éclatante.

Opaques comme le marbre , translucides comme l'ambre, les femmes mais parfois aussi les hommes de la créatrice sont à la fois des fenêtres et des murs. Des attentes aussi.... Surgissent un "réalisme" particulier et une « fiction » du même ordre. Celui de l'obscur qui par la lumière inscrit sinon une jouissance du moins une sérénité.  Chaque portrait garde en lui un "moelleux" et quelque chose de fin et de soyeux en une conjonction de l'universel et du singulier, de l'émotion et de la pensée. Chaque portrait - même lorsqu'il est enjoué - tient en respect le voyeur et imposent le pouvoir de l'ornement comme celui d'une paradoxale ontologie visuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

http://delarthelvetiquecontemporain.blog.24heures.ch/archive/2016/06/30/l-extase-materielle-suzanne-brun-861692.html


Suzane Brun et les masques d’éros

Par ses autoportraits Suzane Brun multiplie moins ses propres facettes que celle d’une féminité ludique qui se joue des stéréotypes comme des indices de mort et de vie, d’identité et de masques. Leurs diverses carapaces rendent l’artiste inaccessible dans ses habits de gloire - entendons surtout des dessous chics.

Sans être cachottière elle refuse à se laisser saisir. Elle reste la maîtresse et ordinatrice de cérémonies secrètes et textiles. S’adressant au cochon qui sommeille en l’homme, elle ne cherche pas à faire de lui un avorton de l’éther. Et si un armateur grec  ou coréen (du sud) s’avisait de la faire grimper sur un ses bateaux pas sûr qu’elle lui accorderait la moindre attention.

La photographe est une mouette moqueuse. Elle brode en ses scénographies des fleurs vénéneuses dont elle est le bulbe galbé.  Feignant les éruptions d’amour pour Dieu elle devient la diablesse qui n’a pas besoin pour se montrer telle quelle d’une fourche et d’oreilles acérées.  Suzane Brun ose même jouer les agnelles. Mais leurs appâts  la transforment en sirène. Elle monte à la surface des eaux :  les bulles de ses fantasmagories y éclosent. 

Jean-Paul Gavard-Perret

http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/arts/review/1940529-suzane-brun-et-les-masques-d-eros


Suzane Brun and the Eros masks

 By her self-portraits Suzane Brun multiply less her own facets than that a playful femininity which tricks with stereotypes as indications of death and life, identity and masks. Their diverse shells keep the artist inaccessible in her clothes of glory - let us mainly understand « dessous chics ».

Without being sneaky she refuses to let her seized . She remains the mistress and ‘ordinatrice ‘ of secret and textile ceremonies. Addressing the pig  who  slumbers in man, she does not try to make of him a little ether runt . And if a Greek or Korean ship owner (South one) dared to make her climb on one his boats, not so sure that she would give him the slightest attention.

The photographer is a derisive gull. She embroiders in her scenographies poisonous flowers in which she is the curved bulb. Feigning eruptions of love for God, she becomes the She-Devil who does not need to show herself whith a fork and sharp ears. Suzane Brun even dares to play the ewe lambs. But their charms transform her into mermaid. She  rises to the surface of waters:  bubbles of her Phantasmagoria are blooming out.


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